Plus personne - ou presque - ne fait attention
aux autres. Alors pourquoi diable ferait-on attention
à un photographe, et à ses images
?
Umberto Eco* a écrit qu'un texte était
une machine paresseuse, qui avait besoin de la
complicité d'un lecteur pour se mettre
à fonctionner. Une photo, c'est pire. Il
faut être au moins trois : un sujet, un
photopraphe, et un observateur final qui, constatant
la complicité des deux premiers, s'invite
à cette table ouverte, en silence, puis
reste quelques secondes, enfin se lève
et disparaît.
C'est cela une belle image.
Un regard qui reste. Quelque chose que l'on nomme
encore aujourd'hui "photo" - et c'est
presque à la légère. Le hasard
d'une rencontre, l'émerveillement, la magie
du moment... c'est pour eux que je suis devenu
un photographe. L'être humain me fascinant
toujours autant, je ne suis pas prêt de
changer. Je ne connais rien de plus stimulant
que de pouvoir capter l'émotion, un geste,
le regard, une attitude qui, saisis au moment
propice, arrivent à créer un concentré
d'être humain et résume qui est le
sujet.
Voici mon book, asseyez-vous à cette table
; restez le temps que vous voudrez, et prenez
autant de plaisir que j'ai eu de plaisir à
le créer.
Bernard Vidal
* in "Kant et l'Ornithorynque
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